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Théories Ecologie Décoloniale

En France, la théorie de l'écologie décoloniale a été reconnue suite à la publication de l'ouvrage de Malcom Ferdinand en 2019. Malcom Ferdinand est ingénieur en environnement de University College London, docteur en philosophie politique de l’université Paris-Diderot et chercheur au CNRS (IRISSO / Université Paris-Dauphine).


Suivant Malcom Ferdinand, "penser l’écologie depuis le monde caribéen confronte cette absence à partir d’une région où impérialismes, esclavagismes et destructions de paysages nouèrent violemment les destins des Européens, Amérindiens et Africains. Le navire négrier rappelle que certains sont enchaînés à la cale et parfois jetés par-dessus bord à la seule idée de la tempête. Tel est l’impensé de la double fracture moderne qui sépare les questions coloniales des destructions environnementales. Or, panser cette fracture demeure la clé d’un "habiter ensemble" qui préserve les écosystèmes tout autant que les dignités. Telle est l’ambition d’une "écologie décoloniale" qui relie les enjeux écologiques à la quête d’un monde au sortir de l’esclavage et de la colonisation.
Face à la tempête, ce livre est une invitation à construire un navire-monde où les rencontres des autres humains et non-humains sur le pont de la justice dessinent l’horizon d’un monde commun." 

Parmi les auteur.es, pionnier.es de l'écologie décoloniale, citons Anna L. Tsing, qui dans Le champignon de la fin du monde ([2015, 2017, La Découverte) introduit une redéfinition de l'Anthropocène comme "plantationocène". Comme le revisite Yves Citton et Jacoppo Ramsi dans "Le Plantationocène dans la perspective des undercommons" dans Multitudes 2019/3 (n° 76), le modèle plantationnaire instauré aux xviiexviiie et xixe siècles dans la plantation esclavagiste, et notre époque est au mieux saisie par le terme de « plantationocène » (Tsing 2015). Son caractère principal est la destruction d’écosystèmes complexes pour mettre en place une monoculture, où les humains et autres êtres vivants se trouvent réduits au statut de ressources à exploiter selon des logiques extractivistes. L’extractivisme se caractérise par la mise en place de techniques d’extraction sélective de certains éléments d’un écosystème complexe, en les traitant comme des « actifs » (assets), dans lesquels s’investissent des anticipations de profits financiers. Ce qui fait la nocivité spécifique de l’extractivisme, c’est que cette extraction s’opère sans se soucier ni des nécessités (temporelles) de renouvellement des ressources ainsi exploitées, ni des conséquences de cette exploitation sur les environnements qui s’en trouvent affectés. L’effondrement actuel a ses causes principales dans ces trois caractéristiques du modèle plantationnaire : monoculture (qui prive les formes de vie de la résilience propre à la biodiversité), épuisement de ressources (dilapidées sans soin de leur renouvellement) et nuisances imprévues (induites sous forme d’externalités négatives)."