Se mettre d'accord sur l'attitude face à l'information

Préambule :

Attention la méthode que je présente dans ces lignes n'est pas prouvée comme capable de vous rendre moins empreint·es aux fausses informations.

Il s'agit d'un pari.

Introduction :

Les grands médias ont perdu la confiance de beaucoup de gens. Si la radio reste en tête de la confiance attribuée par les français·es, devant les journaux papiers, la télévision et internet, les informations sont trop souvent ressenties comme partiales, tronquées et tachées par des suspicions de conflits d'intérêts. Communication gouvernementale, affabulateur·rices en manque de tribunes ou orateur·rices bien intentionné·es pas assez bien renseigné·es : des informations qui ne survivent pas à une vérification rigoureuse pullulent. Nous avons tendance à nous demander "qui croire" au lieu de "que croire". Posons-nous donc ces questions : quand, comment et pourquoi convient-il de douter d'une information ou de croire ?

Comprendre le fonctionnement des médias :

Les temps de diffusion de l'information ont considérablement réduit. Beaucoup de médias grand public ont perdu leur attitude verticale de production de l'information. La relecture par les supérieur·es et collègues spécialisé·es, le temps long avant publication s'est effacé pour aller vers une production plus horizontale, l'information en continu et la réplication de brèves AFP. Avec l'apparition de l'internet participatif, et son accessibilité à nous autres, les infos passent maintenant par moins de structures de tri. L'accès à la visibilité sur les réseaux sociaux fait aussi que l'information peut transiter par des post, commentaires, billets de blog, vidéos, etc. Ce gain de production accessible à tous·tes, permettant à qui le souhaite de changer la société et d'informer, est absolument à conserver. Par contre, il fait appel à une compensation des défauts de ces médias : réduction du temps de vérification, rapidité du temps journalistique, possibilité d'avoir des personnes peu compétentes qui parlent de sujets complexes.

 

De plus, pour vivre, un journal a besoin de faire des vues. Les infos sensationnalistes ont une probabilité d'être mises en avant plus importante pour inciter à la diffusion du journal.

 

Deux types d'attitude sont non souhaitables :

Nous avons deux écueils à éviter : le relativisme et le dogmatisme.

J'imagine qu'on souhaite tous·tes être ouvert·es d'esprit et pouvoir changer d'avis si on est face à des preuves valables. Pour cela, il faut pouvoir filtrer et trier les informations qui nous parviennent. Le sujet de la pensée critique est de définir quel est le filtre que j'adopte pour accepter les informations qui arrivent à moi.

Nous avons tous·tes des préjugés et des convictions. Ces idées reçues, il faut apprendre à les mettre de côté temporairement pour évaluer les preuves avancées.

Le scepticisme :

Si les sceptiques sont devenus une communauté militante souhaitant se faire moins avoir et/ou moins transmettre de fausses informations, le scepticisme désignait à la base le courant philosophique qui a pour seul constat qu'il n'existe pas de moyen objectif pour reconnaitre la vérité. Au fil du temps, ce courant s'est diversifié gardant comme seul impératif d'avoir de "l'esprit critique". Ils partagent des outils, méthodes et astuces qui permettent de vérifier la fiabilité d'une information. Aucun sceptique ne détient la méthode parfaite, les conseils présentés ne reflètent que mon opinion et ma subjectivité.

Les bases pour se prémunir face à une information :

La méthode scientifique c'est quoi ?

La méthode scientifique pourrait se résumer par : "Voici les faits, quelles conclusions pouvons-nous en tirer ?". On va utiliser une théorie pour prévoir les résultats, créer une expérience pour tester les prédictions, mener l'expérience et observer les résultats. Elle s'oppose à la méthode idéologique qui se résumerait par : "Je pense X, quels faits peuvent rendre ma pensée crédible".

Méthode_scientifique.jpg

Aparté sur la recherche :

Vous trouverez des académies des sciences pour développer les disciplines respectives dont les communiqués ne sont pas prescriptifs, vous ne trouverez pas un état de l'art arbitré formellement par la communauté scientifique. Le consensus scientifique n'est pas formalisé par une revue ou un conseil ni par un organisme.

 

1 Un·e chercheur·se fait une expérience en laboratoire et écrit un article sur son sujet où il·elle explique son expérience, les conditions expérimentales dans lesquelles c'est fait et il·elle soumet son article à un·e éditeur·rice.

2 Un dialogue entre l'éditeur·rice et le·la scientifique s'installe pour que l'article rentre dans les canons de la publication. L'éditeur·rice contacte des spécialistes anonymes du domaine pour relire l'article afin d'entendre leur avis et connaitre la pertinence de l'article soumis. L'éditeur·rice fait suivre les commentaires au·à la chercheur·euse qui, suite à ces remarques, peut amender son article pour le rendre plus pertinent.

3 L'éditeur·rice publie dans sa revue l'article en question qui va cascader auprès de tous·tes les autres scientifiques de la même communauté (réplication par les pairs).

 

Avec ce fonctionnement, vous n'avez pas de dogme. La critique est bienvenue et encouragée et la réplicabilité de l’expérience est possible. Quand suffisamment de publications ont été faites sur un sujet, des méta-analyses peuvent être réalisées. Ce sont des analyses statistiques sur l'ensemble de toutes les expériences faites sur un corpus qui permettent de faire des résumés de l'état des connaissances. Le corpus de connaissance est constamment remis en question. On voit donc que la méthode reconnait qu'on peut se tromper.

 

Des revues classées par disciplines et spécialités, payantes, non disponibles en kiosque, en anglais majoritairement. Les articles font généralement entre 2 et 20 pages. A ne pas confondre avec les revues de vulgarisation scientifique (Science et vie, Science et avenir etc). Ces revues sont disponibles dans les universités, mais pas que (Cf page suivante). Les revues scientifiques ne sont pas toutes aussi qualitatives, certaines sont peu regardantes sur les publications qui y sont faites, voire parfois complaisantes avec de la fausse information.

Les études se composent souvent ainsi :

  1. Un titre et un résumé.
  2. Une liste des auteur·rices dans un ordre précis.
  3. L'introduction avec un état de l'art.
  4. L'objectif avec l'hypothèse testée.
  5. Une méthode avec la description du matériel utilisé, du travail d'analyse, et les descriptions expérimentales.
  6. Les résultats avec les données brutes en annexe.
  7. La discussion avec l'analyse des résultats, les limites de l'expérience et de nouvelles pistes.
  8. La conclusion.
  9. Des références, bibliographie, annexes.
Le conflit d'intérêt :

Comprenez que ce n’est pas parce qu’il y a conflit d’intérêt qu'un contenu est faux. Ce à quoi il faut s’intéresser pour savoir si le contenu est véridique ou non, c’est bien au contenu lui-même. S'il est faux, le conflit d’intérêt peut alors devenir une explication permettant de saisir pourquoi le propos est biaisé. Il peut y avoir des propos faux sans qu’il y ait conflit d’intérêt, tout comme il peut y avoir des propos vrais en situation de conflit d’intérêt. De plus, le problème des conflits d'intérêts n'est pas reconnu comme premier en science car pour des raisons de moyens, les études financées par l'industrie sont globalement de meilleure qualité que les études indépendantes. Afin de limiter le conflit d'intérêt, les chercheur·euses publient en leur nom, et non en celui du labo. C'est donc leur crédibilité qui est engagé lors d'une publication, ce qui agit comme garde fou.

Biais de publication :

Trop de chercheur·euses ne publient pas les échecs ou les expériences qui ne vont pas dans le sens de leur hypothèse. Par conséquent, les résultats négatifs ou non significatifs apparaissent moins dans le corpus scientifique et donnent au·à la lecteur·rice une perception biaisée de l'état de la recherche (effet tiroir).

Un biais assez identique existe pour les éditeur·rices : il est plus facile de publier une découverte qu'une réplication ou une vérification d'expérience au résultat négatif. Surtout, il est plus gratifiant pour la revue de publier ce type d'expérience.

La falsification des données :

Il peut arriver que les données soit tronquées ou inventées. De plus en plus d'études sont basées sur le Big Data et il semble compliqué d'avoir les moyens humains pour aller vérifier ce qu'une intelligence artificielle est capable de produire rapidement. Beaucoup d'études sur Big Date sont validées à la confiance, ce qui accroît le risque de falsification. Je ne connais pas de mesures correctives sur ces problèmes actuellement. Des mesures palliatives sont utilisées en cas de fraude, l'article est retiré de la revue.

Comment peut ensuite transiter l'information issue de la recherche dans les médias ?